Line Guillod

 de ©Line Guillod
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 de ©Line Guillod
 de ©Line Guillod
 de ©Line Guillod
 de ©Line Guillod

Line Guillod

“Je me suis demandée ce que je pourrais prendre avec moi sur une île déserte.
Un couteau suisse ? La Bible ? Une cartouche de cigarettes ? Des millions de Sudokus ?
Tout à coup le choix devient cornélien et les questions s’accélèrent dans ma tête : dois-je faire preuve de pragmatisme, privilégier l’utile, pouvoir sauver ma peau ? Dois-je prioriser la lutte contre l’ennui avec pour adage « autant mourir rapidement que de se faire chier longtemps » ?
C’est vraiment une question à la con, une de ces questions que l’on trouve à la page « test : quelle aventurière êtes-vous ? » d’un magasine féminin. Une question qu’on ne devrait jamais se poser sauf si on s’est inscrit à une émission de télé-réalité qui se passe justement sur une île, mais pas déserte du tout.
Ben moi j’aime les questions à la con,
J’aime les magasines féminins, en acheter cinq d’un coup,
J’aime Facebook, Instagram, koh-Lanta et youporn parfois,
J’aime la bière de soif mais pas l’artisanale qui coûte un bras,
J’aime observer mes voisins derrière leurs rideaux quand il fait sombre, J’aime les tartines de tresse au cénovis avec beaucoup de beurre,
J’aime m’endormir à la piscine avec le bruit lointain des enfants qui jouent,
J’aime avoir fait huit ans de latin et que ça ne serve à rien,
J’aime manger des gaufres chaudes et que leur sucre caramélisé croustille sous mes dents,
J’aime Schrödinger et son chat, Ovidie, et Marina Abramovic,
J’aime coudre des habits que je ne mettrai jamais,
J’aime appuyer quinze fois sur le réveil le matin, l’illusion d’une nuit sans fin,
J’aime le kitsch et la futilité,
J’aime les boules à facettes et le rose fluo,
J’aime me questionner sur le sens de la vie, sur la mort et l’oubli,
J’aime intensément m’abandonner à l’autre,
J’aime l’amour,
J’aime faire l’amour,
Et j’aime peindre, passionnément.”

Line Guillod vit et travaille à Lausanne.
Elle utilise différents médias (peinture, dessin, graffiti) pour mettre en scène la banalité de son existence, ou ce qu’elle a parfois de plus surprenant.